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1 septembre 2007 6 01 /09 /septembre /2007 16:36
La rentrée approche à grands pas. Et, je crois que rarement en période estivale, la vie politique n'aura été aussi peu mise en sommeil que cet été : affaire Franco-Lybienne, censure sur du Conseil Constitutionnel sur les premières mesures fiscales de N. Sarkozy, vacances de nabab aux USA de notre président, excuses forcées de notre ministre des affaires étrangères à l'Irak...

Toutefois, avant de replonger dans ce combat nécessaire qui s'annonce contre les casses sociales prévues par le gouvernement Fillon et les injustices qu'entend nous imposer Nicolas Sarkozy, j'aimerais vous livrer quelques réflexions plus globales, sur notre pays, sur la gauche, sur notre avenir...

Elles sont tirées d'une tribune signée, dans le Monde, par Jean-Louis Bianco, Député des Alpes de Hautes-Provence
et proche parmi les proches de Ségolène Royal, qui représente plus que jamais à mes yeux, un chance pour les socialistes et plus généralement pour la France.



PROGRAMME POUR UNE REFONDATION

- I -


Le monde a changé et continue à changer vite. Le système médiatique va à 2000 à l'heure, le marché va très vite, l'action publique se déclenche souvent en retard, et a besoin de temps pour produire ses effets, au-delà de l'action symbolique, et importante, des mots.

C'est pourquoi la première refondation nécessaire est liée au temps. Cela veut dire donner une priorité à l'enseignement de l'Histoire. C'est aussi ouvrir un grand débat avec les journalistes et les responsables des médias sur les moyens d'éviter l'instantanéité et l'atomisation du temps.

La deuxième refondation est liée à la morale. Je suis convaincu que la stabilité et la qualité de la vie collective dépendent de la morale, de la vertu des citoyens, comme disait Rousseau. A notre époque qui se caractérise à la fois par la montée de l'individualisme et par la pression sur l'individu des modes et des médias, c'est aussi l'individu qui peut contribuer au progrès. Le citoyen-usager tient une partie de la solution aux accidents de la route. Le citoyen-consommateur peut choisir le commerce équitable et le citoyen- investisseur les fonds éthiques.

Jaurès parlait de "socialisme individuel". Ce qui veut dire quoi aujourd'hui ? Admettre que la lutte de chaque individu pour conquérir son autonomie et son épanouissement est légitime et nécessaire. Débattre, puis mettre en évidence les comportements vertueux, les comportements citoyens. Y éduquer dès l'école : une éducation citoyenne, et pas seulement une instruction civique. Les valoriser par la reconnaissance publique.

La troisième refondation est liée au sens du monde. Comment redonner un sens au monde, et, au passage, à l'action collective ? Comment ré-enchanter le monde, face à la religion de l'instant, à la religion de l'argent, face aussi aux tendances sectaires qui se développent dans beaucoup de religions ? Du côté des dérives religieuses, la réponse s'appelle évidemment laïcité, c'est-à-dire autonomie de l'espace public et tolérance. La laïcité n'est pas une vieille lune, c'est une nécessité d'avenir.
Du coté des dérives de l'argent - roi, la réponse devrait être simple. Valoriser, dans tous les sens du terme, le non-marchand, le coopératif, l'économie sociale et solidaire, l'engagement citoyen. Mais aussi abolir les privilèges de l'argent : rémunérations excessives et opaques (pas seulement des dirigeants d'entreprises !), passe-droits, privatisation des territoires...

La quatrième refondation consiste simplement à rappeler et à se rappeler, les fondamentaux de la gauche, c'est à dire ce qui fait qu'il y a une gauche et une droite, et que ce n'est pas la même chose ! Affirmons que le combat contre les injustices et les inégalités est le premier de tous les combats, combat contre le désordre établi, combat pour instituer un ordre juste.

Un peu plus de justice vaut bien un peu moins d'efficacité, si tels sont les termes de l'échange. Affirmons que la solidarité est nécessaire au lien social comme est nécessaire à la vie l'air que l'on respire.

La cinquième refondation consiste dans un pragmatisme absolu (je sais que je vais choquer !) pour rechercher les moyens les mieux adaptés aujourd'hui aux buts que nous poursuivons. En n'oubliant jamais que "la fin ne justifie pas les moyens" et que les moyens choisis influent eux aussi sur la fin. Pragmatisme absolu, cela veut dire regarder partout, sans tabou ni préjugé, ce qui marche.


D'où découle une méthode de changement profondément différente de celle qui a été le plus souvent pratiquée en France. Quel programme pour cette méthode ?


    1.    Le débat public en France manque dramatiquement d'une culture de l'évaluation. Sur les retraites par exemple, il ignore le plus souvent le travail consensuel mené par le Conseil d'orientation des retraites qui associe parties prenantes et experts. Même chose pour l'école.
    2.    Beaucoup, beaucoup moins de lois et de règlements. Evaluer, avant de légiférer. Fixer un objectif "bête et méchant", faute de quoi on en restera à l'incantation. Par exemple, diviser par 5 le nombre de lois et de règlements.
    3.    Avant une éventuelle loi, bien identifier et caractériser un problème, ce qui suppose un débat public organisé, maîtrisé et participatif. Et faire émerger des solutions, qu'elles viennent "d'en haut" ou "d'en bas".
    4.    Privilégier partout, à tous les niveaux, le contrat, la négociation, l'expérimentation dès lors que la loi a fixé le cadre. Par exemple, en cas de licenciement collectif, rechercher un accord majoritaire plutôt que de transformer la procédure de licenciement en cérémonial chinois (Frédéric Tiberghien).
   5.    Evaluer en permanence (le Parlement), de manière transparente, les résultats effectifs du changement attendu.


A suivre demain, une nouvelle approche des valeurs de la gauche

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Published by Michel Pineau - dans Politique
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