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3 septembre 2007 1 03 /09 /septembre /2007 10:11
Suite et fin des réflexions de Jean-Louis Bianco qui font parties d'une tribune qu'il a livrée volà quelques jours au journal Le Monde. Dans cette troisième partie, il évoques quelques propositions concrètes sur l'Europe, l'éducation, les questions internationales...

- III -


1) On nous dit : cessez de diaboliser la mondialisation. Reconnaissez que c'est un fait : nous sommes d'accord. Admettez qu'elle a permis le décollage et la croissance d'une partie du monde notamment en Asie : c'est vrai !

Mais le problème n'est pas là. Le problème est que la mondialisation est d'abord et avant tout une mondialisation financière. Et c'est pour cette raison qu'elle est dangereuse, instable, difficile à contrôler. Comme on le constate en ce moment même. Où va le monde avec la recherche d'une rentabilité de 15, 20, 25% des fonds de placements ?

La révolution, c'est que pour la première fois dans l'histoire, la mondialisation est en train d'aboutir à la mise en concurrence directe de tous les travailleurs de tous les pays. C'est pourquoi l'opinion publique est en train de basculer, dans beaucoup de pays développés, vers une peur de la mondialisation.

Il va être très difficile de mettre en place des régulations et des protections, tant les rapports de force sont défavorables, tant cela est contraire à l'hyper - idéologie hyper - dominante. Elles sont pourtant indispensables. Et cela ne pourra se faire qu'en étroite liaison avec le mouvement syndical européen et mondial.

Désormais, le compromis entre le travail et le capital ne peut se construire qu'à l'échelle mondiale. C'est donc à l'échelle mondiale qu'il va falloir mener une gigantesque bataille, qui est d'abord une bataille idéologique.

2) La démocratie sociale doit être pour l'avenir un thème central des socialistes. Ségolène Royal a raison, nous avons besoin d'un syndicalisme de masse. C'est une condition nécessaire à la fois pour équilibrer le pouvoir des actionnaires et pour élaborer de meilleurs compromis dans l'entreprise. La démocratie sociale passe évidemment par une représentation forte des salariés dans les conseils de surveillance et les conseils d'administrations. A partir du moment où le syndicalisme sera fort, des négociations seront possibles jusqu'au niveau de l'entreprise.

3) Notre modèle social est entièrement à reconstruire. Plus de solidarité, plus de justice, beaucoup moins de dispositifs et de guichets. Admettons que les normes de portée générale butent sur la complexité du réel et la diversité des situations. Recherchons donc, chaque fois que possible, l'individualisation des réponses, qu'il s'agisse de chômage, d'insertion ou de formation.

4) Education : Priorité au soutien scolaire gratuit pour tous les élèves qui en ont besoin, à une information sur les métiers plus développée et plus en amont, à des "écoles de parents", aux écoles de la deuxième chance pour ceux qui ont échoué dans le système scolaire.

5) International : La défense des droits de l'homme doit cesser d'être une incantation pour devenir une pratique raisonnée et conduite autant que possible à l'échelle de l'Europe. Le terrorisme est la menace numéro 1. On ne peut y répondre qu'en accroissant et en améliorant la coopération internationale, qui repose, au niveau des services, sur la confiance. L'intégrisme islamique, organisé et pas individuel, constitue une agression en règle contre les valeurs sur lesquelles sont fondées à la fois la démocratie et les droits de l'homme au niveau international. Je suis convaincu que nous ne sommes pas loin d'une guerre des civilisations. A cela, deux réponses : ne soyons plus naïfs et encourageons partout, de toutes nos forces, l'émergence d'un islam laïque et progressiste.

6) L'Europe : Disons la vérité, l'élan est perdu, la foi européenne est à reconstruire. La question centrale n'est pas celle d'un traité européen, mini ou pas. La question centrale est : à quoi sert l'Europe ?
Je suis certain qu'elle est plus que jamais indispensable, comme espace de valeurs partagées, de solidarités et, potentiellement, de croissance économique. Mais cela reste entièrement à démontrer à nos concitoyens européens. Dans l'immédiat, une seule voie : un moratoire sur les élargissements, la recherche d'un minimum de protection par rapport à la course folle au moins-disant social, enfin l'Europe concrète, celle des peuples et des profits, l'Europe par la preuve.

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Published by Michel Pineau - dans Politique
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