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30 novembre 2007 5 30 /11 /novembre /2007 07:46
Au gré de mes lectures quotidienne, j'ai eu envie de partager avec vous cet excellent article paru dans le journal Le Monde du 25 novembre. Cet article revient sur le traitement des grèves par Jean-Pierre Pernault sur TF1. Un article qui permet de découvrir l'approche du journaliste du 13h de la première chaine, une approche pour le moins subjective et très politisée du traitement du conflit social dans les transports publics...



Jean-Pierre Pernault, tête de turc des grévistes
Le Monde 25/11/2007
par Raphaëlle Bacqué

Dans la manifestation, on a vu son effigie sur une petite pancarte, accompagnée d'un discours moqueur et de son nom volontairement orthographié "Pernod", comme la marque de pastis. Dans les assemblées générales étudiantes, à Villetaneuse ou à Rennes, son patronyme a été sifflé. Autour des piquets de grève des cheminots, on l'accuse d'avoir stigmatisé un mouvement "prenant la France en otage". Sur les sites alternatifs Indymedia ou Agoravox, nouvelles bibles des manifestants, ses journaux télévisés sont critiqués comme autant de signes de son supposé "militantisme sarkozyste".

Jean-Pierre Pernault, présentateur vedette du journal télévisé de la mi-journée de TF1, le plus regardé de France, est devenu en quelques jours le symbole de ces médias désormais largement contestés dans les AG des grévistes. Ce n'est pas tout à fait la première fois que le journaliste de la Une est ainsi critiqué. Les "Guignols de l'info", sur Canal+, mettent régulièrement en scène sa marionnette, campée au coeur de la France profonde et concluant ses interventions d'un : "N'oubliez pas de voter à droite."

Mais son nom a paru, pendant les grèves, symboliser à lui seul TF1, chaîne la plus populaire, mais aussi propriété de Martin Bouygues, ami de Nicolas Sarkozy. Ce qui fut reproché à Pernault ? D'abord sa vision d'une France qui fait la part belle à la ruralité quand les conflits sociaux sont d'abord urbains. Le 14 novembre, un cheminot gréviste fustigeait ainsi "cette vision d'une France divisée entre ceux qui crèvent la dalle et ceux qui se passionnent pour le tissage en Ardèche". Mais on lui reproche aussi, plus encore que la hiérarchie des reportages dans son journal, ses mots et même ses mimiques pour présenter l'opposition à la réforme des régimes spéciaux.

De fait, si de nombreux reportages montrent syndicalistes et grévistes, dès le 12 novembre, lors des premiers arrêts de travail dans les transports, Jean-Pierre Pernault annonce en troisième titre de son journal : "A partir de mercredi, une grève illimitée", hausse les épaules et poursuit : "Et, une nouvelle fois, ce sera aux usagers de se débrouiller pour aller travailler."

Quelques minutes plus tard, lançant un reportage rappelant les grandes grèves de 1995, il explique : "Les grévistes d'aujourd'hui protestent contre la réforme des régimes spéciaux qui était dans le programme de Nicolas Sarkozy et c'est pour cela qu'il a été élu." Le lendemain, après avoir annoncé que "plusieurs sondages confirment l'hostilité des usagers à cette grève et revendiquent la liberté de voyager", Jean-Pierre Pernault redit : "La mobilisation se heurte à la volonté de créer un système plus équitable de financement des retraites. C'était dans le programme de Nicolas Sarkozy et il a été élu en partie pour ça."

Le 14 novembre, le journaliste s'étonne : "La grève doit s'arrêter, tout de même, car des négociations s'ouvrent." Le 15 : "Les usagers commencent à en avoir ras le bol." Le 16 : "Les usagers en ont ras le bol", et les embouteillages sont monstres, mais, "malgré cette immense pagaille, sept syndicats ont demandé à leur base de poursuivre la grève". Le 19, "la pagaille continue", le 20 novembre, "journée de grève des fonctionnaires, des écoles sont fermées, parfois on accueille les enfants, mais il n'y a pas de cantine". Le 21, "moins de 23 % de grévistes, mais cela continue à provoquer la pagaille. Cela devient fatigant pour tout le monde. Sept Français sur dix pensent que la grève n'est pas justifiée, selon un sondage Opinion Way, et, pourtant, elle continue". Le 22, "le métro est encore aux 3/4 bloqué, alors qu'il y a à peine 10 % de grévistes", et le JT s'intéresse à la grève vue de Caumont-L'Eventé, un petit village du Calvados "où les vaches ne regardent jamais passer les trains, et pour cause : il n'y en a pas".

A TF1, on n'ignore pas ces critiques répétées contre Jean-Pierre Pernault. Si celui-ci ne souhaite pas s'exprimer, sa rédactrice en chef, Anne de Coudenhove, assure cependant que "cela relève de la caricature". Et revendique un seul souci : "Etre au plus près des gens qui nous regardent."








 A lire sur le même thème : 
"La bonne soupe. Comment le "13 heures" contamine l’info",
d'Isabelle Roberts et Raphaël Garrigos,
aux Editions les Arènes, 270 pages, 17,80€

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Published by Michel Pineau - dans Médias
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